AVANT TOUT, C'ÉTAIT LA MUSIQUE !
 

Sa culture en ce domaine était  considérable et il tenait à la faire partager  à ses élèves et à stimuler leur curiosité.

Cette curiosité ne se limitait pas à la  musique d'orgue.

Il lui arrivait parfois de se mettre au piano.

On a gardé également le souvenir des  séances d'audition d'enregistrements au cours  desquelles il mettait ses élèves en contact  avec des musiques parfois très avancées.

Et puis, bien entendu, il y avait l'orgue.

Il en connaissait les grandeurs et les servitudes!

Il est banal de dire de l'orgue qu'il est le roi des  instruments, de magnifier la richesse de ses timbres, la puissance de sa voix, la complexité de son  mécanisme, la diversité de ses plans sonores, ses grandes possibilités polyphoniques  etc.

Il est moins courant de signaler ses faiblesses et ses  servitudes.

La grande faiblesse de l'orgue, c'est sa  mécanisation:

Le chanteur, le flûtiste, le violoniste peuvent  agir sur le son tout au long de son déroulement, le  pianiste maîtrise l'intensité de ses attaques  avec une grande subtilité.

Devant un son qui lui est donné tout fait,  l'organiste n'a comme seul choix que de le bien attaquer et  de bien l'arrêter.

Ce choix, s'il peut paraître restreint, touche  cependant à un élément très  important du discours musical: le temps.

Plus que tout autre musicien, l'organiste doit savoir  que la maîtrise du temps est son principal moyen d'expression.

Maîtriser le temps c'est bien sûr choisir  et savoir garder un tempo, mais c'est aussi quelque chose de  beaucoup plus subtil: c'est savoir que le temps musical  n'est pas régi par l'arithmétique et qu'une  croche n'égale pas toujours une croche.

Ainsi toute l' agogique d'une phrase musicale va  dépendre de délicates inflexions des  durées qui la composent, durées que la  notation est absolument incapable d'exprimer.

De cette spécificité du jeu de l'orgue,  André MarchaI a toujours eu une pleine conscience.

Sa vie intelligence, guidée par une intuition  très sûre, lui a permis d'établir, sans  dogmatisme, un certain nombre de principes qu'il a su  partager avec les nombreux étudiants qui ont eu la  chance de bénéficier de son enseignement.

Bien entendu, cet enseignement ne s'est pas  limité à cet aspect (si important soit-il) de  l'interprétation : dans ses cours, l'art de la  registration et certaines notions de facture d'orgue  tenaient une large place.

En ce qui concerne le répertoire, Marchal  n'avait aucune exclusive.

On peut dire que dans sa classe, on fréquentait  un répertoire s'étendant du quatorzième  au vingtième siècle, les seules limites  étant la difficulté de se procurer des  partitions en braille.

André MarchaI fut également un grand  improvisateur.

Sa pratique de l'improvisation était  marquée par la poésie, beaucoup plus que par  le faux brillant et le spectaculaire.

La facture d'orgue, enfin, était aussi une des  grandes passions du maître.

Il ne manquait jamais une occasion de parler des  instruments qu'il avait connus dans ses nombreux voyages et cette connaissance n'était pas uniquement  théorique: il mettait lui-même la main à  la pâte; combien de fois l'a-t-on vu  pénétrer dans l'instrument de la classe, pour  resserrer un écrou ou accorder un tuyau ?

Certes André Marchal fut un maître  remarquable, mais il fut aussi un homme de rencontre et  d'amitié.

Pour l'amitié et pour la musique, il aimait  rassembler autour de lui élèves et amis venant  du monde entier.

Là s'exprimait, souvent avec une pointe  d'humour, sa grande courtoisie qui, au-delà des  conventions mondaines, venait vraiment du cÏur.

Parmi ses très nombreux élèves,  on peut citer : Norbert Dufourcq, Jean Langlais, Antoine  Reboulot, Noëlie Pierront, Xavier Dufresse, Georges  Robert, Louis Thiry, Jean Wallet, Jean-Pierre Leguay, Susan  Landale, Arsène Muzerelle, Jean Laporte, André  Pagenel, Anne-Marie Barat É.

La liste entière serait trop longue à  énoncerÉÉ

Marchal disait qu'il comptait « plus d'une  quinzaine » de Premiers Prix d'Orgue au Conservatoire  de Paris.